vendredi 2 novembre 2018

Les classes de feux

Bonjour les amis,

Aujourd'hui, pour ce nouveau rendez-vous, je vais vous parler des classes de feux et de leur signification.

Les différentes classes de feux


Il existe 5 classes de feux désignées par une lettre alphabétique de A à F :
  • Les feux de classe A,
  • Les feux de classe B,
  • Les feux de classe C,
  • Les feux de classe D,
  • Les feux de classe F.
A chaque classe de feu, correspond un agent extincteur bien déterminé.

Les matériaux dits « combustibles » (cf Le triangle du feu) sont rangés dans ces différentes classes en fonction de leur nature.

La classe A


Ces feux sont produits par les matériaux solides ou secs et braisant, c’est-à-dire d’origine organique tels que :
  • Le bois,
  • Le papier,
  • Les tissus,
  • Les cartons,
  • Les plastiques (PVC),
  • Les nappes de câbles électriques (non alimentées),
  • Le charbon,
  • Les végétaux.
Ils produisent souvent une combustion vive avec flammes ou une combustion lente sans flamme mais avec des braises incandescentes.

La classe B


Ces feux sont produits par les liquides ou les solides liquéfiables inflammables.

Ils sont également appelés « feux gras » .

Cette classe regroupe essentiellement les hydrocarbures.

Certains peuvent se mélanger avec l’eau tels les acides ou les alcools.

D’autres ne se mélangent pas avec l’eau (pétrole, essence, huiles etc.)

Quelques solides inflammables sont liquéfiables (goudrons, caoutchoucs, matières plastiques etc.)

Ces feux brûlent sans créer de braises.

Ils flambent ou s’éteignent mais ne couvent pas à l’instar des feux de classes A.

La classe C


Ce sont les feux de gaz tels que :
  • Le butane,
  • Le propane,
  • L’acétylène,
  • Le gaz naturel,
  • Les gaz manufacturés.
A température ambiante, ils sont en phase gazeuse.

La classe D


Ce sont les feux de métaux, appelés aussi « feux spéciaux » tels que :
  • Le magnésium,
  • Le sodium,
  • L’aluminium,
  • Le titane,
  • La limaille de fer,
  • Etc.
Fonte des métaux
Hauts fourneaux

Ce sont aussi les feux provoqués par l’embrasement des copeaux ou des poussières métalliques.

Ces feux nécessitent des moyens d’extinction particuliers.

Il est à noter que l’utilisation de l’eau comme moyen d’extinction est interdite car il existe potentiellement un important risque d’explosion.

La classe F


Cette classe regroupe les feux d’huile ou de graisses utilisées dans la restauration au niveau de la cuisson des aliments, que l’on désigne par le terme « auxiliaire de cuisson ».

La classe F a été introduit en 2006 par une norme européenne.

Des agents chimiques dits secs (acétate d’ammonium) et agissant de la même manière que la mousse sont projetés par l’intermédiaire de dispositifs installés au-dessus des pianos de cuisson.

Ils agissent par saponification en étouffant le feu par la création d’un film à la surface du liquide en ébullition.

Extinction feu de classe F

Installation extinction – Société Sud Extincteur
9 bis Avenue Eugène Sauvy - 66140 Canet en Roussillon
www.sud-extincteur.fr

En ce qui concerne les feux de classe F, il est très important de préciser qu'il s'agit de feux "d'auxiliaires de cuisson à l'huile", et pas de feux d'huile.

Un feu d'huile au sol serait en classe B 

En effet, la norme européenne considère le récipient métallique (friteuse), comme chauffé à au moins 600°, et l'huile complètement en ébullition.

Cela change tout car la friteuse ré-allume le feu d'huile.

En effet, aucun agent extincteur n'arrive en petite quantité (quelques kilos de poudre ou de CO2) à éteindre ce type de feu sauf l'eau + additif, et la mousse qui grâce à l'eau présente dans le mélange, refroidissent le métal de la friteuse évitant la ré-inflammation.

Le test de certification est une friteuse en acier contenant (5 litres d'huile = 5F, 25 litres d'huile pour le foyer 25 F, etc jusqu'au foyer 75 F), chauffée par en dessous jusqu'à obtenir l'auto-inflammation de l'huile en ébullition.

C'est pour cela que seul les extincteurs à eau + additif et à mousse sont certifiables en classe de feu F dans la norme européenne.

Il faut toutefois toujours préciser que l'attaque de ce type de feu se fait à 3 mètres minimum de la friteuse ; il faut naturellement agir en douceur.

On laisse le film flottant, ou la mousse s'étaler doucement sur la surface du feu, sans bouger son extincteur, sinon on risque de provoquer des projections d'huile en feu.

Cela peut prendre une dizaine de secondes voir plus, mais c'est fiable.

C'est pour cela que les bacs "écologiques à gaz" de formation sont mauvais pour former des personnes à la lutte contre les feux de liquides. 

En effet, si les stagiaires sont trop près (moins de 3 mètres) ils projettent avec leur jet d'extincteur de l'eau hors du bac sans conséquence.

Il s'agirait d'un véritable liquide inflammable, cette action générerait une boule de feu et des risques de brûlures importants pour les stagiaires.




Pour aller plus loin


La classe de feu F (auxiliaire de cuisson à l'huile) a été créée à la demande de l'Angleterre (étude de 2003 à 2005).

En effet, les anglos-saxons utilisent beaucoup de fritures, et les retours d'informations (de leurs sapeurs-pompiers et leurs compagnies d' assurances) suite aux feux de friteuse, ont mis en évidence que les extincteurs à CO2 et à poudre étaient inopérants dans 85% des cas, car ils abattaient les flammes... mais dès l'arrêt de la projection, la chaleur de la friteuse rallumait le feu.

La poudre ne refroidit quasiment pas (un tout petit peu lors de sa fusion sur les braises pour la poudre polyvalente, ou la poudre D), et le CO2, bien que sortant de l'extincteur en phase gazeuse à -53° et en phase solide (neige carbonique) à -78,5°, n'absorbe que très peu de chaleur pour s'évaporer totalement dans l'atmosphère.

Le CO2 en projection refroidit plus de 15 fois moins que l'eau à quantité égale, car il n'a besoin que de très peu d'énergie calorifique pour s'évaporer dans une atmosphère entre 0 et 40° Celsius.

C'est pour cela qu'il n'y a pas de danger à éteindre une personne en feu avec un extincteur à CO2.

Le jet n'aura pas le temps de la brûler par le froid.

Par contre, il ne faut pas mettre sa main sur le fond de l'extincteur, car il se produit un refroidissement du cul de l'appareil à environ -23°, et l'eau dissoute dans l'air givre sur ce fond.

Là, c'est l'eau sous forme de glace (qui elle refroidit très bien), qui risque de "brûler" l'épiderme de la main de l'opérateur (brûlure au second degré).

Ce refroidissement du cul de l'appareil est dû à un réchauffement du CO2 en phase liquide.

Cela s'explique par le passage à l'état d'ébullition du CO2 provoquée par la décompression brutale de la vidange (passage de 56 bars en phase liquide pour 20° C de température ambiante, à la pression atmosphérique).

Les échanges thermiques refroidissent le métal du  fond du réservoir de l'extincteur.

Après enquête, il s'est avéré que les feux de friteuses démarraient par auto-inflammation de l'huile, suite à un préchauffage de la friture trop long par inattention ou déréglage du thermostat.


Même avec certaines couvertures anti-feu, l'extinction n'était  pas toujours efficace, car l'ébullition de l'huile soulevait la couverture, et le rebord supérieur en tôle porté parfois au rouge (950°) de la friteuse rallumait le feu sur sa périphérie.


Le cas particulier des feux dits "électriques"


Ces feux n’existent pas à proprement parler ; il est préférable d’utiliser la terminologie « feux d’origine électrique » ; dans ce cas, l’énergie électrique est la source d’activation du feu telle que je l’ai expliqué dans le chapitre traitant du triangle du feu.

Feu d’appareils électriques en basse tension


Il est important de comprendre que ce n’est pas l’électricité qui brûle, mais les matières plastiques synthétiques contenues dans l’appareil, donc des feux de classe B.

L’électricité n’apporte que l’énergie d’activation (chaleur) d’allumage.

Il faut aussi considérer que si un appareil électrique brûle, c’est que (sauf attentat), ses sécurités « électriques » (disjoncteur, fusible, prise de terre) n’ont pas fonctionné par défaillances (neutralisation volontaire ou pas, ou détérioration).

De ce fait, il peut persister un courant électrique dans la carcasse métallique de l’appareil, même circuit ouvert (courant coupé, il peut rester des courants résiduels dus aux condensateurs, transformateurs et tout bobinage voir batterie d’accumulateurs) et il faut être très prudent pour aborder ce type de feu.

Lors de la formation à l'habilitation électrique, il faut repérer tout cela.

En effet, beaucoup d’armoires électriques ne sont pas équipées d’orifice d’aération, et l’on est obligé d’entre ouvrir la porte pour faire pénétrer l’agent extincteur à l’intérieur.

Seul une pince à poignée isolante (jusqu’à 1000 volts) permet de tenir la clef pour déverrouiller, en évitant le risque d’électrocution.

La norme européenne précise sur les sérigraphies d’extincteur de respecter plus d’un mètre de distance entre le diffuseur et tout conducteur électrique.

C’est à cause entre autres, du ballant de réservoir de l’appareil lors de la manipulation.

Avant 1999, l’ancienne norme française demandait plus de cinquante centimètres, mais il y a eu des contacts par balancement du corps de l’appareil, lors de l’intervention et celui-ci ayant touché un conducteur a entraîné le décès de l’opérateur.


Conduite à tenir (pour information)


La conduite à tenir est d'attaquer avec l’extincteur à CO2 en respectant une distance minimum de 1,10 mètre entre le diffuseur et l’armoire, même si c’est parfois moins efficace.

Encore un point à préciser : ne jamais respirer les fumées.

Donc l’intervention en intérieur de bâtiment sans ARI sera très limitée.

En général il faut intervenir en moins de 3 minutes après le déclenchement du feu.

N’oubliez pas, un intervenant ne doit pas risquer sa vie.

Donc s’il y a beaucoup de fumée, ou de flammes, fermez la porte du local sinistré sans la verrouiller.

Évacuez la zone, prévenez les secours et mettez-vous à leur disposition.

(En haute tension, la lutte contre le feu reste l’affaire de spécialistes très entraînés)

Voilà, vous savez presque tout sur les classes de feux et leurs particularités.

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