lundi 5 novembre 2018

Les dangers des fumées d'incendie

Bonjour les amis.

Aujourd’hui, je vais traiter du danger des fumées d’incendie, car c’est un phénomène que doit absolument maîtriser tout individu confronté un tant soit à la problématique de la sécurité contre l’incendie.

Les fumées, un fléau ancien...


Les fumées sont indissociables des incendies ; un dicton populaire nous rappelle qu’il n'y a pas de fumée sans feu.

Dans les siècles passés, le principal danger n'était pas forcément la fumée, mais essentiellement l'incendie par lui-même.

En effet, les matériaux utilisés à l'époque, n'étaient pas toxiques au sens où nous l'entendons aujourd'hui.

Les victimes décédaient le plus souvent par brûlures corporelles et par asphyxie classique.

L'incendie se propageait très rapidement à cause de l'utilisation importante du bois notamment.

La panique générée par les grands incendies tuait beaucoup plus sûrement que la toxicité des fumées.

A titre d'exemple, il faut nous rappeler les conséquences terribles de l'incendie du bazar de la Charité à Paris.

Le 4 mai 1887, cet incendie très meurtrier a entraîné un nombre de victime s estimé à 126 morts et 256 blessés graves.

Grand incendie du Bazar de la Charité en 1887
Feu du Bazar de la Charité
De nos jours, l'apparition de nouvelles techniques de construction et l'utilisation très importante de matériaux de synthèse augmentent la toxicité fumigène développée au cours des incendies.

Un autre facteur joue un rôle essentiel par rapport au danger des fumées, c’est la localisation du foyer d’incendie.

En effet, un incendie en plein air dans lequel les fumées évoluent librement en se mélangeant à l’air ambiant ne présente pas les mêmes dangers qu’un incendie se développant en volume clos ou semi-ouvert, tel qu’un bâtiment par exemple, dans lequel les fumées sont piégées dans le volume sinistré.

Les dangers des fumées


La fumée représente cinq dangers majeurs :
  • Le danger lié à son opacité,
  • Le danger lié à sa toxicité,
  • Le danger lié aux brûlures qu'elle provoque,
  • Le danger lié à son explosion,
  • Le danger lié à sa température.

Atteintes physiologiques causées par les fumées


L'opacité des fumées peut désorienter les personnes lors des évacuations mais elle gêne également les secours lors de leurs reconnaissances à travers les locaux sinistrés ; l’œil humain ou animal n’est pas conçu pour évoluer à travers la fumée.

Il est indéniable que la nature du matériau qui brûle est un facteur aggravant tant au niveau de la toxicité qu’au niveau de l’opacité.

Un morceau de caoutchouc ou un stockage de pneus qui se carbonise provoquera un dégagement de fumée particulièrement âcre et noir.

La vitesse de production de la fumée peut varier considérablement d’un matériau à l’autre ; on dit alors que le matériau est très fumigène.

Les brûlures générées par les fumées sont très fréquentes notamment en cas de fumée chaude ; dans ce cas, les brûlures sont surfaciques au niveau de la peau mais également internes en cas d'inhalation, ce qui est très fréquent (atteinte des voies pulmonaires et aériennes supérieures).

Les yeux sont aussi fréquemment atteint notamment s’il l’atmosphère ambiante est saturée de gaz irritants.

Ce phénomène s'accompagne généralement d'une asphyxie respiratoire ou tissulaire massive.

Au-delà du fait que les fumées sont systématiquement asphyxiantes, elles peuvent aussi être irritantes en fonction des gaz qu’elles produisent.

Il est donc impératif que les primo intervenants soient équipés de vêtements protecteurs particulièrement efficaces et bien sûr de protections respiratoires bien étanche du type Appareil Respiratoire Isolant (ARI).

Il est illusoire de penser que l’on peut venir à bout d’un foyer d’incendie naissant dans un local clos en pantalon de costume et chaussures de ville comme on voit tant d’agents de sécurité dans les supermarchés par exemple.

Bien sûr, les atteintes physiologiques décrites ci-dessus peuvent être très variables d’un individu à l’autre et dépendent essentiellement du temps d’exposition aux fumées, mais globalement elles sont très dangereuses et le sauveteur commettrait une grave erreur de ne pas les prendre très rapidement en compte.




Accidents thermiques


Les fumées peuvent également entraîner des accidents thermiques très meurtriers en se mélangeant à l'air dans des proportions bien déterminées (backdraft ou explosion de fumée).

Par ailleurs, l'exposition prolongée ou non de la fumée sur certains éléments de construction ou d'aménagements techniques peut également provoquer des dommages irréversibles aux bâtiments  et fragiliser les structures porteuses.

En outre, la fumée,  est un vecteur favorisant l’extension de l’incendie par convection et elle présente la particularité d’occuper rapidement l’ensemble d’un volume.

Les accidents thermique, de part leur dangerosité feront également l’objet d’un article à part sur ce portail.


Danger de la fumée dans un bâtiment
Opacité des fumées

Pour aller plus loin


Les fumées contiennent de nombreux éléments sous la forme de fines particules solides, gazeuses ou d’aérosols.

D'une manière générale, les principales composantes que l'on retrouve le plus fréquemment dans un incendie sont :
  • Le CO2 (dioxyde de carbone) issu de la combustion complète,
  • Le CO (monoxyde de carbone) issu de la combustion incomplète,
  • L’HCL (Acide chlorhydrique),
  • Le NH3 (ammoniac) qui est un irritant et un asphyxiant,
  • L'HCN (acide cyanhydrique),
  • Le NO2 (oxyde d'azote),
  • D'autres gaz particulièrement toxiques, tels que le phosgène ainsi que de multiples dérivés du benzène.

Le CO2 devient dangereux à une concentration d’environ de 10% par volume d’air.

Le CO fera l’objet d’un article particulier tant sa dangerosité est pernicieuse.

L’HCL est à la fois un puissant gaz asphyxique, irritant et corrosif agissant directement sur les voies pulmonaires par œdème.

Le dégagement de NO2 induit les mêmes conséquences que l’HCL en favorisant l’apparition lui aussi un œdème pulmonaire.

L’acide cyanhydrique qui se dégage lors de la combustion à base de plastiques est un gaz asphyxiant provoquant un blocage de l’oxygène au niveau cellulaire.

Tous ces éléments chimiques sont donc fortement toxiques pour l’organisme humain.

De plus, et c’est là leurs dangers extrêmes, les effets de ces gaz sont cumulatifs ; ils favorisent ainsi l’action d’autres gaz présents lors de cette combustion incomplète.

Comment progresser dans une atmosphère enfumée


Comme je l’ai dit ci-dessus, l’agent SSIAP doit savoir que pénétrer dans une pièce remplie de fumée sans protection respiratoire particulière présente de nombreux dangers, et tout d’abord pour lui-même.

Seuls les sapeurs-pompiers sont entraînés quotidiennement et rompus à cet exercice qui nécessite de grandes qualités professionnelles.

Néanmoins, cette manœuvre, si elle s’avère indispensable doit éviter avant tout la prise de risque inutile.

C’est ainsi que l’agent de sécurité ne sera amené à pénétrer dans un local contenant de la fumée que pour porter aide et assistance à une victime et sous condition exclusive que cette victime soit visible du point d’accès au local ; dans ce cas, il effectuera un dégagement d’urgence dont la méthode a été apprise en secourisme sur une distance de 2 ou 3 mètres au maximum ; en tout état de cause, l’opération ne devra pas excéder 2 à 3 minutes.

Mais avant d’entrer, quelques précautions s’imposent, surtout si la porte est fermée.
  • Se munir d’une lampe torche, ou mieux d’une lampe frontale,
  • S’attacher à un point fixe situé en dehors du local (fil d’Ariane),
  • Ne jamais effectuer cette manœuvre seul,
  • Avant de rentrer, se munir d’un extincteur, le dégoupiller et le tester,
  • Si la porte est fermée, tester la température de la porte, en portant des gants de protection, car la porte peut être brûlante,
  • Ouvrir doucement la porte en se protégeant contre la paroi située de part et d’autre de la porte et observer la topographie des lieux,
  • Etre en liaison radio permanente avec le poste de sécurité de l’établissement :
  • Donner un compte-rendu succinct mais précis de la situation rencontrée,
  • Confirmer la présence de fumée ou de foyer d’incendie, s’il est visible ; dans le cas contraire, crier fortement et écouter attentivement la réponse d’une victime éventuelle,
  • Confirmer la présence ou non d’une victime allongée au sol et sa localisation précise,
  • Ne jamais pénétrer de face dans le local (risque de retour de flammes),
  • Rester accroupi pendant tout le déroulement des opérations,
  • Pénétrer lentement sans précipitation excessive dans le local, l’extincteur à la main prêt à être utilisé en position accroupie et se rappeler qu’un linge mouillé au niveau du visage peut constituer une protection efficace,
  • Contrôler son débit respiratoire ou bloquer sa respiration et ressortir immédiatement au moindre signe asphyxique,
  • Rendre compte au poste de sécurité,
  • Rester sur place tant que les secours public n’ont pas pris le relai des opérations.

Si un robinet d’incendie armé est situé à proximité du local sinistré, utiliser de préférence ce moyen de secours afin de refroidir une porte chaude mais aussi pour pénétrer dans le local en se protégeant par le jet diffusé.

Mais attention, et je le répète encore, cette manœuvre ne doit être exclusivement  réalisée que s’il y a effectivement une victime visible, allongée au sol et en situation de grave danger.

En l’absence de victime, ne pas pénétrer dans le local, refermer la porte de manière à éviter la propagation du feu et des fumées vers le couloir ou les autres locaux et attendre les secours.

Voilà, vous savez maintenant tout ou presque tout sur les fumées, sachant que ce sujet très technique a fait l’objet de l’écriture de nombreux ouvrages et que malheureusement, elles continueront à drainer leur lot de victimes.

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